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Hollywood et l’IA : les premiers films générés par IA arrivent en salle et le public ne sait pas quoi en penser
Sora génère du cinéma, A24 intègre l’IA, des courts-métrages IA gagnent des festivals. Hollywood se réinvente sous pression technologique. Deepfakes d’acteurs, droits à l’image, coûts de production effondrés : la révolution visuelle est déjà là.
La grève des scénaristes et des acteurs de 2023 avait au cœur de ses revendications une question qui semblait alors prospective : l’IA va-t-elle remplacer les créatifs d’Hollywood ? Deux ans plus tard, la question n’est plus prospective. Sora d’OpenAI, Runway Gen-3, Kling AI de Kuaishou et une dizaine d’autres outils permettent de générer des séquences vidéo de qualité cinématographique à partir de descriptions textuelles. Et les premiers « films » entièrement ou partiellement générés par IA ont commencé à circuler — avec des réactions qui vont de l’enthousiasme à l’horreur.
Ce que Sora et ses concurrents peuvent vraiment faire
Les démonstrations initiales de Sora par OpenAI en février 2024 avaient stupéfié l’industrie. Des séquences de 60 secondes avec une cohérence visuelle, des mouvements de caméra crédibles, et une qualité photographique qui rendaient difficile la distinction avec des séquences filmées. En 2026, ces outils ont progressé encore et peuvent générer plusieurs minutes de contenu cohérent. Les limitations restent réelles — les mains restent le talon d’Achille de pratiquement tous les modèles, la cohérence des personnages sur de longues séquences est encore imparfaite — mais les progrès sont exponentiels.
Des courts-métrages entièrement générés par IA ont remporté des prix dans des festivals indépendants en 2025. La frontière entre « animation computationnelle » et « IA générative » devient de plus en plus floue. Certains réalisateurs d’animation utilisent ces outils pour prévisualiser leurs idées avec une fidélité qui élimine le besoin de storyboards classiques. D’autres les utilisent pour générer des décors et des environnements que leur budget ne leur permettrait pas de tourner ou de créer en CGI traditionnel.
Les cas d’usage qui fonctionnent déjà en production
Dans les studios de production, loin des polémiques médiatiques, l’IA s’intègre tranquillement dans le workflow créatif. Le de-aging numérique d’acteurs — qui coûtait des millions par film en 2020 — est devenu accessible à des productions bien plus modestes. La génération d’extras et de foules virtuelles crédibles réduit les coûts de production de certaines scènes de masse de manière drastique. La colorisation automatique de rushes, l’upscaling de séquences anciennes, la suppression de câbles et d’équipements dans les séquences d’action : ces usages « invisibles » sont déjà omniprésents.
Le studio A24, connu pour ses productions artistiques exigeantes, a annoncé qu’il utilise des outils IA pour accélérer la phase de développement et de préproduction, notamment pour tester des directions artistiques rapidement avec les réalisateurs. Leur engagement public : ces outils augmentent la créativité humaine sans remplacer les créatifs. Un positionnement qui sonne comme une déclaration de principes autant qu’une stratégie commerciale.
La question du droit à l’image et les batailles juridiques
L’accord SAG-AFTRA de 2023 a établi des protections pour les acteurs contre l’utilisation non autorisée de leur ressemblance. En pratique, les litiges s’accumulent. Des acteurs décédés dont la ressemblance a été utilisée sans l’accord de leurs ayants-droit. Des figurants dont les visages ont été scannés pour créer des bibliothèques d’avatars. Des acteurs célèbres dont des « deepfakes consentis » ont été utilisés dans des campagnes publicitaires à l’étranger sans clauses contractuelles adaptées.
La loi tente de rattraper la technologie. Plusieurs États américains ont adopté des lois sur le droit à l’image numérique. L’Union Européenne prépare des recommandations spécifiques dans le cadre de l’AI Act. Mais la vitesse de progression des outils dépasse celle des législateurs. Hollywood est en train de réécrire les règles fondamentales de ce que signifie « jouer » et « créer » — et tout le monde, acteurs, scénaristes, studios et public, navigue à vue.