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Concerts à 300€, hologrammes d’artistes décédés, live streaming : le spectacle vivant se réinvente sous pression

Billets Taylor Swift à 300€+, hologrammes d’ABBA qui tournent à Londres, live streaming premium en expansion. Le spectacle vivant vit son âge d’or commercial et sa crise d’accessibilité en même temps. La tech comme solution ou comme fossoyeur du live authentique ?

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Le prix des billets de concert a augmenté de 35% en trois ans. Voir Taylor Swift en tournée mondiale coûte plusieurs centaines d’euros au minimum — quand vous avez la chance d’en trouver avant les revendeurs. Les festivals d’été affichent complet des mois à l’avance à des prix qui excluent une part croissante du public. En parallèle, des hologrammes d’artistes décédés se produisent dans des arènes, des concerts se tiennent dans des espaces virtuels avec des avatars, et le live streaming de haute qualité redéfinit ce que signifie « assister » à un spectacle. Le live music traverse une période de tension maximale entre son âge d’or commercial et ses démons.

L’inflation des billets : un problème systémique

La concentration du marché du spectacle vivant autour de quelques acteurs géants — Live Nation / Ticketmaster, AEG Presents — est au cœur du problème. Live Nation organise ou promeut des milliers de spectacles annuels et possède des dizaines de salles et de festivals. Ticketmaster traite la majorité des transactions de billetterie. Cette verticalisation crée un pouvoir de marché qui s’exerce au détriment des artistes (qui cèdent une part importante de leurs revenus) et des fans (qui paient des frais de service qui doublent parfois le prix facial du billet).

Le Department of Justice américain a lancé une procédure antitrust contre Live Nation. En Europe, plusieurs régulateurs examinent les pratiques du secteur. Mais dans un contexte où les artistes ont besoin des réseaux de distribution et de promotion de ces géants pour remplir des grandes salles et des stades, le rapport de force est difficile à rééquilibrer.

Les hologrammes et le retour des morts

La technologie holographique a atteint un niveau de réalisme qui permet de « faire revenir » des artistes décédés sur scène. Après Tupac (2012, Coachella), ABBA avec leur ABBA Voyage immersif, et plusieurs productions asiatiques de stars décédées, la question éthique et commerciale se pose avec une acuité croissante : qui contrôle l’image posthume d’un artiste ? Les ayants-droit ont légalement ce droit. Mais les fans, les critiques et parfois les familles elles-mêmes s’interrogent sur la dignité de ces retours artificiels.

ABBA Voyage est probablement la production holographique la plus réussie à ce jour — pas des hologrammes au sens strict, mais des avatars photoréalistes des membres d’ABBA à 30 ans, projetés en 3D dans une salle conçue spécifiquement pour l’expérience. La production, qui tourne en continu à Londres depuis 2022, a vendu plus d’un million de billets. C’est un modèle économique viable — mais qui demande des investissements initiaux colossaux.

Le live streaming premium : une alternative qui matûrit

Veeps (LiveNation), Mandolin et plusieurs autres plateformes proposent des streams HD de concerts, souvent multi-caméras avec une qualité audiovisuelle supérieure à ce qu’on voit depuis la fosse d’un concert. Pour les fans qui ne peuvent pas se déplacer — par raisons géographiques, financières ou de santé — ces streams sont une alternative réelle. Des artistes comme Billie Eilish, Radiohead et des orchestres classiques ont construit des audiences de streaming payant fidèles.

Le concert hybride — live et streaming simultané — est probablement le modèle d’avenir. Il maximise les revenus de l’artiste tout en élargissant l’accessibilité. La question est de trouver un prix équitable pour le stream qui ne cannibalise pas le présentiel tout en étant attractif pour des audiences qui ne peuvent pas se déplacer. Dans un monde où la proximité physique avec les artistes reste unique et désirable, le live n’est pas près de mourir. Il est juste en train de se fragmenter en plusieurs niveaux d’expérience.

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