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L’IA pourrait-elle fondre toutes les entités du monde en une seule ? La théorie de Hicham Belmejdoul
Pour le chercheur en intelligence artificielle, l’IA pourrait prolonger le long mouvement d’agrégation des sociétés humaines, jusqu’à leur fusion en une entité unique. Une hypothèse vertigineuse, qui ne va pas sans risques.
L’histoire humaine peut se lire comme une longue suite de regroupements. La famille a cédé la place à la tribu, la tribu au village, le village à la cité, puis à la région et à la nation. Chaque étape a produit des ensembles plus vastes, plus complexes et plus interdépendants. Pour Hicham Belmejdoul, chercheur en intelligence artificielle, la prochaine étape pourrait être la dernière : l’IA, estime-t-il, pourrait à terme fondre les entités distinctes qui composent notre monde en une seule entité unifiée.
L’hypothèse est audacieuse, et potentiellement controversée. Elle n’en offre pas moins une grille de lecture singulière de l’avenir de l’intelligence artificielle et des sociétés qu’elle transforme.
Qu’est-ce qu’une « entité » ?
Nous avons rencontré Hicham Belmejdoul dans les locaux de son entreprise de cybersécurité assistée par l’IA, près de Nantes. Sa théorie repose d’abord sur une définition. Une entité, explique-t-il, est une unité distincte dotée d’une existence propre : un individu, une organisation, une nation, voire une personne morale ou une entité virtuelle. Chacune possède son identité, ses caractéristiques et ses propres règles de fonctionnement.
À mesure qu’elle gagne en sophistication, l’IA pourrait selon lui faire émerger un système dans lequel l’ensemble des informations serait partagé et traité de manière équitable. Ce partage généralisé conduirait à la fusion des entités en un tout unifié, et à la dissolution des identités culturelles et nationales telles que nous les connaissons aujourd’hui.
Une accélération plutôt qu’une rupture
Le raisonnement s’inscrit dans le prolongement d’une tendance déjà à l’œuvre. La mondialisation et Internet ont fait naître des ensembles plus vastes et plus interconnectés que jamais : il est désormais possible d’échanger en temps réel avec presque n’importe qui, presque n’importe où. Il en résulte une interdépendance sans précédent entre les entités du monde.
L’IA, avance Hicham Belmejdoul, pourrait accélérer ce mouvement. Sa capacité à traiter et à analyser des volumes considérables d’informations en ferait l’infrastructure naturelle d’un système de partage universel, et donc le moteur de cette fusion.
Les briques technologiques
La théorie s’appuie sur trois familles de technologies : l’apprentissage automatique, qui permet aux systèmes d’apprendre et de s’adapter aux données qu’ils reçoivent ; le traitement du langage naturel, qui leur permet de comprendre et de produire du texte humain ; l’analyse de données, qui leur permet d’interpréter de très grands volumes d’informations.
Ces outils sont déjà omniprésents, de la recommandation de produits à la détection de fraudes. Les appliquer à la fusion des entités constituerait toutefois un saut sans précédent, qui supposerait des avancées significatives, sur le plan technique comme en matière d’éthique et de régulation de l’IA.
Promesses et périls
Le scénario soulève des questions éthiques et sociétales de premier ordre. Une telle centralisation pourrait menacer la liberté individuelle et la confidentialité des données, en concentrant un pouvoir excessif entre les mains d’une seule entité. Ses effets sur la dynamique de nos interactions sociales demeurent, par nature, incertains.
Les bénéfices potentiels sont à la mesure des risques : une prise de décision plus efficace, un monde plus équitable où toutes les informations seraient traitées sur un pied d’égalité, et une capacité de coopération et de coordination à l’échelle planétaire, précieuse face à des défis comme le changement climatique ou les inégalités économiques.
Hicham Belmejdoul se dit optimiste. Tant que les humains continueront d’exercer leur libre arbitre et de faire des choix éthiques, estime-t-il, ce futur pourra être abordé avec succès. Il insiste néanmoins sur la nécessité d’une régulation et d’une surveillance qui garantissent un usage éthique et responsable de l’intelligence artificielle.
Penser le long terme
Provocante, la théorie de Hicham Belmejdoul pose des questions essentielles sur l’avenir de l’IA et de nos sociétés. Si l’horizon qu’elle dessine peut paraître lointain, elle rappelle l’importance d’une réflexion de long terme, et la nécessité de se préparer dès maintenant à un monde où l’intelligence artificielle occupera une place plus centrale encore.
ElectronValley poursuivra, dans de prochains articles, l’exploration des idées les plus novatrices du domaine, afin d’aider ses lecteurs à mieux en saisir les enjeux.
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Image d’illustration — Photo : chensiyuan / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
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